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Se sentir bien pour bien travailler en classe de 6e

Se sentir bien pour bien travailler

Par CDI Documentaliste, publié le vendredi 22 février 2019 10:29 - Mis à jour le jeudi 20 juin 2019 13:49

Journal de bord classe flexible - salle d'anglais et CDI

Cette année, nous expérimentons au CDI et en salle d’anglais B07 un dispositif de classe flexible que nous avons appelé “Se sentir bien pour bien travailler”. L’objectif est de permettre aux élèves d’être plus concentrés lorsqu'ils travaillent en cours d’anglais ou au CDI, mais aussi à la maison lors du travail personnel. Ceci est notre journal de bord.

Septembre - octobre : mise en place de la classe flexible

Les élèves trouvent au CDI et en salle d'anglais du mobilier spécifique à leur disposition s’ils en ressentent le besoin :

  • un coin calme avec des chauffeuses, des casques anti-bruit, des objets antistress
  • des tableaux blancs au mur pour ceux qui souhaitent travailler en groupe
  • des tables hautes pour ceux qui souhaitent travailler debout

Ces dispositifs ont pour but de permettre aux élèves de développer leurs capacités attentionnelles au fur et à mesure de l’année. Ils s'accompagnent de séances pédagogiques de réflexion sur le fonctionnement de l’attention ainsi que de la tenue d’un cahier personnel de l’attention qui permettra de noter les progrès au jour le jour.

Première période : la mise en place du mobilier

Séances au CDI

1. Expérimenter sa capacité à se concentrer. Pour débuter ce projet, le lundi 17 septembre, en accompagnement personnalisé, les élèves de 6e1 et 6e2 ont eu à réaliser un exercice de concentration au CDI. Ils pouvaient utiliser le matériel à leur disposition : poufs, casques antibruit, objets antistress et s'installer dans la positon qui leur convenait le mieux. Ils ont ensuite réfléchi collectivement à la façon dont ils se concentrent le mieux.

2. Transfert dans des situations nouvelles. Lundi 24 septembre, les 6e1 et 6e2 sont venus en cours de français travailler sur la rédaction d’un “souvenir de lecture”. Nous avons été surprises de les voir naturellement reprendre les casques et les objets anti-stress pour se concentrer dans le travail d’écriture.

Dans le lieu CDI, on peut dire que les élèves font naturellement le transfert de ce qu'ils ont appris d'une matière à l'autre. La concentration a été intense !

3. Travail de communication sur les dispositifs. Le jeudi 27 septembre à 9h, les élèves de 6e1 et 6e2 qui n'avaient pas cours ont réalisé au CDI des affiches pour le CDI et la salle B07

Les voici :

  

Installation de la classe flexible en B07

Vendredi 28 Septembre, les 6°1 sont les premiers à expérimenter la classe flexible tant attendue en cours d’anglais ! Les élèves ont chaud, sont fatigués et excités en cette veille de week end, les conditions idéales pour tester les dispositifs.

Un élève qui était absent au cours précédent a besoin de 5 minutes pour rattraper une évaluation orale : les autres peuvent prendre un livre et  refaire “Silence, on lit”. Tout naturellement, deux élèves s’installent sur les chauffeuses. Un des 3 élèves qui a “un élastique à gigoter” s’amuse avec et rit de ce nouveau “jouet”, mais très vite, voyant le reste de la classe qui se calme, il fait de même. Il est étonnant de voir avec quelle rapidité et facilité, il s’approprie l’élastique et balance ses pieds tout en lisant.

L’élève qui a un ordinateur s'installe sur la table haute, il a de la place pour gérer son matériel et semble apprécier de bien voir le reste de la classe et surtout, le tableau et le professeur.

Plusieurs élèves veulent un anti-stress. Il n'y en a malheureusement que trois. Un élève demande s’il peut utiliser le sien. Pourquoi pas !. Tout le monde est concentré, l’évaluation peut commencer. Le cours reprend ensuite avec tous les dispositifs mis en place, il se passe plutôt bien pour un vendredi après-midi…

Lundi 1 Octobre. Les autres classes découvrent la classe flexible.

Les élèves repérés comme peu concentrés ou agités sont placés aux tables où se trouvent les “élastiques à gigoter”. Des élastiques ont été rajoutés et huit élèves peuvent maintenant utiliser ce dispositif. Petit souci, les jambes des 3° ne font pas la même longueur que celles des 6°. Il faut remonter certains élastiques et peut être qu'à l'avenir, on pourra envisager avoir deux tailles différentes pour s’adapter aux jambes des élèves. Plusieurs élèves ont d’ailleurs proposé de porter des chambres à air usagées qu’ils ont à la maison. Il est appréciable qu’ils aient envie de participer et de s’investir pour leur nouvelle classe.

De nombreux élèves qui passent dans le couloir aux intercours jettent aussi un oeil dans la classe, il semble que l’information ait rapidement circulé !

Classe de 6°2 de 15h à 16h. Beaucoup d’agitation suscitée par la classe flexible et la nouveauté.

Plusieurs élèves ont leur propre antistress. Certains sont très volumineux et ressemblent plus à des jouets qu’à des antistress. C’est un peu la compétition pour avoir le plus joli ou le plus original et le dispositif paraît un peu contre-productif. Trop d’élèves jouent,  font circuler les antistress, se les échangent… Il faut demander à certains élèves plus absorbés par leur anti-stress que par le cours de les ranger.

On voit clairement se dessiner deux types d’élèves. Ceux qui parviennent à oublier l’objet qu’ils ont dans les mains et qui participent et s‘investissent tout en manipulant leur antistress de façon machinale et ceux qui n’écoutent plus et jouent. La forme et l’originalité de l’antistress semblent y être pour beaucoup aussi. L’antistress doit rester petit, facilement manipulable et simple.

Fin de la première semaine d’utilisation. L’effet de nouveauté s’estompe un peu, les élèves trouvent leurs marques dans la classe flexible et commencent à utiliser les dispositifs à bon escient. Deux élèves demandent à permuter. Le premier ne ressent pas le besoin d’avoir un élastique, son voisin oui par contre, il demande à avoir un antistress en contrepartie et effectivement, les deux élèves sont plus concentrés et apaisés une fois ces échanges faits.

 

 

 

Ainsi se termine la première période de mise en place de notre expérimentation. Nous continuerons le projet au retour des vacances de Toussaint par des séances spécifiques de travail sur l’attention et le fonctionnement du cerveau.

Octobre - novembre : Mise en place du “carnet de l’attention”

Pour introduire le carnet de suivi de l’attention nous avons mené une séance en AP en co-animation professeure documentaliste - professeure d'anglais. Lors de cette séance nous nous sommes questionnées avec les élèves à partir de la problématique : “Qu’est-ce que cela veut dire “être concentré ?”.

Nous nous sommes demandé :

  • ce qui pouvait gêner l’attention,
  • à quels moment nous étions très bien concentrés
  • ce qui facilitait un bon niveau d'attention.

Les élèves ont rempli des cartes personnelles d’attention organisées autour des questions suivantes :

  • quand je souhaite me concentrer, quels éléments extérieurs à moi gênent mon attention ? (les bruits, l’agitation, les sollicitations de mon entourage..)
  • quand je souhaite me concentrer, quels éléments intérieurs à moi gênent mon attention ? Dans mon corps (la douleur, la fatigue,..) et dans ma tête (les émotions positives ou négatives, les pensées sur moi, du passé ou sur l'avenir)
  • je sais très bien me concentrer quand… (je fais du sport, je joue aux jeux vidéos, je fais de la musique…)

Une fois les cartes remplies, chacun a essayé de noter une solution à une difficulté de concentration relevée : dans telle situation, pour me reconcentrer je peux utiliser un casque anti-bruit, un objet anti-stress etc.

En trace écrite de bilan de séance les élèves ont noté :

Au cours d’un même instant, notre cerveau capte beaucoup d’informations extérieures à nous (image, sons…) et intérieures (sensations, émotions, pensées…). Comme il ne peut pas s’occuper de tout en même temps, le cerveau fixe son attention sur certaines de ces informations et en laisse d'autres de côté. Se concentrer, c’est obliger son cerveau à se focaliser sur le sujet que ‘l'on a choisi plutôt que de le laisser décider tout seul.

La concentration apporte du plaisir. Au collège, être concentré permet d'être plus rapide et plus efficace dans le travail. Des méthodes et des outils nous facilitent la tâche : les casques anti-bruit, les objets qui occupent nos mains ou nos jambes, les chronomètres peuvent nous aider à garder une concentration de qualité sur des temps courts.

Suite à la séance en co-animation, les élèves ont colorié, décoré et agrémenté selon leur goût leur carte de l’attention enfin de se l’approprier.

La séance d’AP suivante a été en partie consacrée au carnet de l’attention. Les élèves ont complété leur carnet en faisant le bilan de ce premier trimestre. Ils devaient répondre à des questions telles que :

  • quels signaux m’alertent quand je suis déconcentré(e) (ex: je gigote, je bavarde, je pense à autre chose…),
  • quels sont mes besoins à ce moment-là ? (ex: j’ai besoin de bouger mes jambes, de me lever…)
  • quel outil de la classe flexible j’ai pu utiliser ? (ex: élastique à gigoter sous ma table, balle anti-stress, me mettre debout derrière la table haute…)
  • est-ce que cela m’a servi ? Comment est-ce que je me suis senti(e) ensuite ?

Ces carnets sont glissés dans des pochettes plastifiées et rangés dans un classeur au fond de la classe. L’élève peut à tout moment le pendre et le compléter.

Les retours sont globalement très positifs et les élèves apprécient ces dispositifs et les trouvent efficaces.

Bien sûr, certains élèves n’en ont pas besoin mais d’autres les utilisent régulièrement et cela diminue de façon conséquente leur agitation, faute de les reconcentrer systématiquement, ce qui est déjà beaucoup.

Côté professeur, le bilan du trimestre est très positif aussi. Ne serait-ce que pour ce lundi après-midi où un élève est rentré de récréation survolté parce qu’une élève l’avait insulté. Il criait dans la classe, gesticulait, montrait l’autre élève du doigt… Sans la classe flexible, il aurait fallu au moins dix minutes pour qu’il se calme pendant que le reste de la classe se serait agité.

L’élève en question a tout de suite accepté d’aller s’asseoir sur une chauffeuse du coin de “retour au calm”e avec un casque anti-bruit et un anti-stress. Très vite, il s’est calmé, a cessé de s’agiter et de gigoter. Le cours a pu avancer et l’élève est revenu travailler avec les autres rapidement. Très calme. L’incident était clos. On en a reparlé calmement à la fin de l’heure.

Ainsi se termine le premier trimestre d'expérimentation du projet “se sentir bien pour bien travailler”. Nos outils et nos publications ont attiré tout au longs de ces quatre mois l’attention de nos collègues et des agents. Nous avons donc discuté avec les uns et les autres et l'objectif de “sortir” nos expérimentations de nos espaces CDI et salle de classe est donc, à notre grande satisfaction, atteint.

Suite à la publication du premier compte rendu, la décision a été prise de réaménager la salle d'étude pour la rendre plus flexible. Du mobilier et des casques anti-bruit ont été acheté par le FSE et de nouveaux besoins ont émergé.

 

 

Janvier-février : La focalisation attentionnelle

 

Lors de cette séance, nous avons travaillé la question de la focalisation attentionnelle. L'idée est d'apprendre à orienter son attention sur le travail demandé. En effet, le cerveau ne sait pas de lui-même sur quelles informations se concentrer. Pour travailler avec concentration, il faut donc décider de l'orientation de son attention.  Pour cela :

En classe l'enseignant précise sur quels éléments les élèves doivent se concentrer : la lecture d'une consigne, l'écoute d'un texte, la réalisation d'un exercice...

Dans le travail scolaire il est nécessaire de comprendre le niveau d'attention demandé. Par exemple lors de la relecture d'une copie, si on s'attarde sur le style, l'attention doit être large, si on corrige les fautes d'orthographe elle doit être focalisée.

Il faut aussi prendre conscience que la concentration intense ne peut excéder une dizaines de minutes. Pour le travail à la maison, on peut apprendre à créer des "bulles d'attention" (l'expression est de Jean -Phillipe Lachaux, neurobiologiste).

Ainsi, nous avons réfléchi avec les élèves à la façon de s'organiser le soir :

1. Evaluer l'ensemble du travail à faire

2. Découper ce travail en "bulles" de 10 à 15 minutes maximum (par exemple : revoir une leçon de français : 10 minutes, faire deux exercices de mathématiques : 15 minutes etc.)

3. Prévoir entre deux "bulles" de travail des "mini-bulles" de repos de quelques minutes

4. S'offrir une "bulle" de récompense quand tout le travail est terminé

Pour s'aider on peut utiliser des casques anti-bruits qui vont nous isoler phoniquement et un chronomètre pour s'assurer que la bulle ne s'éternise pas.

Voici le document distribué aux élèves :

Juin : le bilan

  • Aménagements

Dernier apport dans la classe flexible, nous avons 4 gros ballons de pilates qui remplacent les chaises depuis le mois de Janvier.

Les élèves apprécient de s’asseoir sur ces ballons mous et confortables, qui leur permettent de bouger légèrement, mais sans trop, sinon,les ballons roulent et les élèves sont déséquilibrés.

Grâce à ces ballons, ces adolescents ont une excellente position pour le dos. Ils doivent ainsi se redresser, se tenir droits et serrer les abdominaux.

Le succès des ballons nous contraint à faire un échange à mi- du cours pour que tout le monde puisse en profiter.

On aurait pu s’attendre à une grande confusion, à du bruit et à une excuse pour perdre du temps et s’amuser. Pas du tout, il est impressionnant et étonnant de voir avec quelle rapidité les élèves donnent leur ballon, prennent une chaise, s’installent et se remettre au travail !

Afin d’être confortées dans nos pratiques, une ergothérapeute est venue dans la classe et nous a donné quelques conseils sur l’utilisation des ballons, le temps passé dessus, la bonne hauteur et le bonne taille de ballon afin que la position des jambes des élèves soient la meilleure possible.

L’utilisation des ballons est donc validée et l’achat de 3 nouveaux ballons est programmée pour la rentrée prochaine.

  • Bilan

Nous avons mené une séance de bilan avec les classes de 6ème avec lesquelles nous avons travaillé toute cette année. La très grande majorité des élèves valide le dispositif et tous expriment avoir eu plus de facilité à se concentrer cette année.

Les élèves ont proposé des aménagements pour améliorer encore la classe... Surprise en septembre !!